Pourquoi lire à haute voix à des enfants lecteurs

Par défaut

Convaincre des vertus d’une lecture orale régulière à destination des jeunes enfants est donc assez aisée. C’est pratique trouve d’ailleurs toute sa légitimé au sein de l’Ecole maternelle tout comme dans bon nombre de centres de loisirs. L’enfant ne sachant pas encore lire la lecture orale apparait comme indispensable. Alors plus les enfants grandissent plus cette pratique devient rare. Une fois l’enfant devenu lecteur, la lecture à haute voix peut paraître super flue. Alors, à l’école comme aux centres de loisirs, les enfants ont beaucoup moins la possibilité d’entendre des textes lus d’autant plus que bien souvent la lecture orale familiale a, elle aussi disparu. La lecture devient un acte solitaire avec bien souvent une visée pédagogique. L’élève lecteur prend le pas sur le sujet-lecteur. La lecture devient un sujet sérieux. Alors pourquoi continuer de lire des textes littéraires à des élèves qui sont eux-mêmes lecteurs?
La lecture à haute voix, le livre un plaisir pour tous

– un accès à la culture pour le plus grand nombre

Pour certains enfants qui sont en âge de décoder, le livre est source d’angoisse. Le décodage comme la lecture sémantique mettent en difficultés de nombreux enfants qui représenteraient alors 15% des élèves de 6ème et le nombre de ces élèves ne cessent de croitre. Le livre, la lecture devient alors source d’échec et de blessures narcissiques. Aussi, plus ils grandissent plus ils se détournent de la lecture. Alors selon la célèbre bibliothécaire Geneviève Patte : « Souvent les enfants se découragent et se détournent de la lecture, parce que, pour eux, le premier apprentissage a été difficile et associé à des pratiques peu stimulantes qui ne les concernent pas ». Roland Goigoux, chercheur à l’université de Clermont Ferrand a constaté2 que le temps de vitesse de lecture des enfants en difficulté pouvait être six fois supérieur aux autres élèves. Ce qui veut dire concrètement que lorsqu’il est demandé de lire dix pages dans un temps imparti eux n’en lisent qu’une et demie. A l’inverse un texte donné à lire à la maison, pour lequel l’enseignement a estimé le temps de lecture de l’ordre d’une demi-heure demeure impossible à effectuer pour ces lecteurs en difficulté. Ces élèves n’ont alors que très rarement accès au texte et donc peuvent difficilement parvenir à une lecture sémantique du texte. La lecture orale est donc un moyen de redonner à ces enfants le plaisir des livres. Les commentaires de jeunes blogueurs en attestent. Libérés des contraintes du décodage ils peuvent en toute quiétude goûter aux saveurs du texte. Les angoisses cessent le temps d’une lecture et le livre peut redevenir source de plaisir. Derrière ce plaisir du texte, la lecture orale reste toujours source de nombreux apprentissages. L’élève, l’enfant y rencontrent des instances narratives diverses et complexes, des formes langagières toujours plus riches. Le livre est aussi source de connaissances encyclopédiques comme dans le bus de Rosa. Côtoyer le plus régulièrement des ouvrages permet aux enfants de se constituer une bibliothèque intérieure. Cette acculturation est un moyen d’acquérir les compétences pour devenir un lecteur libre. La lecture à voix haute contribue à améliorer les compétences linguistiques, à acquérir de nombreuses références culturelles mais aussi de s’approprier peu à peu des compétences rhétoriques indispensables pour parvenir à lecture autonome.
Lire à haute voix c’est permettre à l’enfant de se construire entant que sujet-lecteur qui a les moyens de construire peu peu ses propres choix de lecture. Lire à haute voix des livres c’est augmenter leurs chances de devenir de bons lecteurs et ainsi lutter contre l’échec scolaire et l’illettrisme.
Lire des livres aux jeunes comme aux plus grands c’est donner « les mêmes droits à tous, le droit de rêver, de réfléchir, de comprendre de douter 3. » Alors, lire aux enfants de la littérature n’est pas un merveilleux moyen de militer contre les inégalités ?
3 BRISAC (n), La littérature de jeunesse à l’école, l’Ecole des lettres, L’école des lettres des collèges 2006-2007, n° 9.

 

Publicités

Une réponse "

  1. Cette pratique de lecture à voie haute trouve aussi de plus en plus d’écho auprès des adultes, une preuve s’il en est besoin, qu’elle apporte du plaisir. Par ailleurs de la même manière qu’auprès des enfants elle permet d’accéder à des textes plus  » difficiles ». L’émission de Guillaume Gallienne en est un bel exemple.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s