Archives Mensuelles: mars 2014

Pourquoi est-ce que je déteste tant ce livre ?

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Auteur: Claude Ponti                                       Editeur: Ecole des loisirs.

Auteur: Claude Ponti Editeur: Ecole des loisirs.

Claude Ponti a toujours été pour moi un auteur provocateur d’un certain malaise. Auteur très populaire, il fait désormais partie de la bibliothèque collective du monde de la littérature de jeunesse, de ce fait, il m’a souvent été difficile voire impossible d’avouer ma désaffection pour cette « icône emblématique » du monde du livre pour enfants et c’est probablement pour combler une certaine culpabilité que j’ai lu certains Ponti. Aussi, beaucoup d’entre eux constituent-ils une partie de ma bibliothèque interne. Mais leurs lectures ne m’ont jamais permis de sortir d’un regard de pédagogue. Ni l’enfant que je suis restée, ni l’adulte que je suis n’ont été touchés. Seule la médiatrice reste en contact avec l’œuvre et j’ai toujours vu dans ses écrits une littérature élitiste dans laquelle tous les enfants ne pouvaient accéder seuls à la grande richesse de l’énonciation. Mais quelle lectrice suis-je véritablement pour aboutir à de tels constats ? Pourquoi certains lecteurs s’en délectent-ils alors que je ne parviens à m’abandonner dans cet univers ? La lecture de « Mô-AMOUR » va-t-elle me permettre de mieux comprendre ce mystère ?
Je débute par mon travail inférentiel de lecteur : qu’est ce qui dans la première de couverte m’annonce que la lecture voyage va pouvoir se faire ? Le titre « Mô-namour » va très certainement me projeter dans une histoire d’amour, amour qui va naître dans un univers enfantin dans lequel, la petite fille qui est en moi va pouvoir frissonner de peur. L’auteur me le suggère : un monstre va entrer dans l’histoire. Mais cette petite fille qui aime se faire peur est en fait aussi très peureuse. Et face à lui deux petits personnages se montrent courageux. L’enfant caché en moi aimera certainement être l’un d’eux ; la petite fille avec un nœud dans les cheveux. Vais-je alors pouvoir sublimer grâce à ce personnage de « façon cathartique » mes propres peurs enfantines ? Alors que le voyage commence puisque l’auteur me laisse la possibilité de le créer avec lui.
Première page, tout se déroule à merveille, le père, la mère, le doudou : le cocon familial. Je suis en sécurité pour partir vers l’aventure. Pages suivantes, tout dérape… C’est le choc frontal. Je suis terrifiée. J’essaie de sortir de l’histoire et je me cogne aux images et m’écrase contre l’arbre. Mon doudou, le prolongement de moi-même décapité !! Alors, je m’accroche au texte :BAMMMMM, BOUMMM la voiture explose, retombent, ses parents .. doivent être morts les débris de la voiture. Aucune sortie possible. Impossible d’échapper au texte et aux images. L’auteur s’impose à moi, je ne peux pas m’enfuir au travers des blancs qu’aurait pu laisser le texte. Je suffoque. L’enfant que je suis reste pétrifié face au cauchemar qu’on m’inflige. Le voyage s’arrête là. Le « lu » s’échappe. Le « liseur » reprend le pouvoir : comment Ponti va t-il pouvoir terminer ce livre ? Quelles pirouettes a t-il « tissées » pour ne pas laisser le lecteur partir seul avec cette violence ? Quelle fin pourrait justifier une telle maltraitance vis à vis d’un jeune lectorat ? J’essaie de comprendre ce qui a motivé cet auteur de jeunesse, quel a été son horizon d’attente. Ponti l’annonce clairement « pour les enfants, je ne me prive d’aucun sujet. » « On dit aux enfants : le monde est plein d’adultes qui commettent des horreurs. On le dit comme on peut » . Ces propos éclairent ma lecture et le « liseur » est toujours là, il est en colère. A t-on le droit d’imposer des images violents sous prétexte de tout dire aux enfants ? Le livre de jeunesse serait-il en train de glisser vers un « attrait cathartique » vis à vis de la violence tant prisé par les médias ?
Le « liseur » se précipite vers les dernières pages. La lecture efférente prend le pas : comment les parents peuvent-ils tomber du ciel alors qu’ils sont morts ? C’est l’électrochoc entre mon horizon d’attente et celui de Ponti : les morts ne peuvent pas tomber du ciel surtout lorsque leurs morts sont exposées avec autant de réalisme ! La citoyenne athée que je suis est malmenée. Par honnêteté, je retourne au texte abandonné. Il semblerait que « le liseur » ait narcotisé certains mots pour mieux « tisser » son interprétation. Le texte n’a jamais dit qu’ils étaient morts, il dit « ils sont si haut qu’ils doivent être morts ». Certes, le texte ne nous ment pas car les parents ne ressuscitent pas. Le « lectant » ne peut toujours pas se mettre au travail : une fiction se doit d’être cohérente. Je ne peux pas m’abandonner à un texte qui passe de morts violentes à une fin doucereuse sans en donner une cohérence qui résonne avec ma personnalité. Je me remémore, Pinocchio sur le point de mourir, pendu par des brigands, la pauvre Tiffany aux mains de « trois brigands », ce petit garçon évoluant « dans la terrible forêt profonde ». Quel régal ! Tous ces enfants sont en moi, même confrontée à la peur qu’ils me procurent, je ne les ai jamais abandonnés, ils sont mon « je ». La lectrice que je suis est parvenue à coopérer avec le texte, j’y ai puisé les éléments sémantiques en corrélation avec les valeurs qui me constituent. Je me suis délectée de ce que les blancs du texte m’ont permis de construire. Je me régale des différents niveaux de lecture que m’offre Collodi : être ce Pinocchio têtu qui décide de ne pas aller à l’école pour goûter aux plaisirs de la vie, regarder cet enfant symbolique se construit pour mieux comprendre mes enfants, transférer la société de ce vieux Pinocchio à celle qui m’entoure et constater que rien n’a vraiment changé. Quel plaisir d’être différents ces lecteurs qui se retrouver autour d’un texte. Pourquoi m’est-il impossible de débuter une telle interaction avec l’univers d’Isée ? Je retourne au texte dans l’espoir de pouvoir enfin retrouver ma fonction « d’orpailleur ». J’y trouve une intratextualité dans Blaise et le paysage de « ma vallée ». Mais cet univers n’est pas celui qui va m’envoyer vers un autre voyage et pour cause…. Isée, à nouveau maltraitéé m’interdit toute nouvelle identification, c’en est trop. Enfin, le texte me donne la possibilité de découvrir « un petit grumeau de sens », je peux désormais effectuer « ma promenade inférentielle ». « Le lectant » va pouvoir entrer en jeu, je vais pouvoir trouver une réponse à ma lecture, je vais pouvoir m’associer aux mots pour choisir le sens que je souhaite leur donner. Je veux ainsi m’arranger avec moi-même. Isée passe dans l’autre monde celui de « Portillard Tulavi ». Elle a choisi d’aller dans un monde plus tranquille, près de ses parents « morts »… Cette interprétation est terrible mais elle me convient car elle fait de cette œuvre un univers qui va me permettre de comprendre l’Autre sans faire l’économie d’une triste réalité. Le « liseur » enfermé par le texte a laissé place au « lectant », libre qui respire qui peut ainsi naviguer avec plaisir avec le texte. Il a réussi à faire fonctionner la « machine paresseuse » du texte. Le « lu » pourra-t-il désormais entrer dans l’univers de Ponti ? Cette démarche en tant que médiatrice a été très constructive, je parviens désormais à mieux comprendre quel type   « lecteur » je suis et comment il réagit face à certains livres. Je peux plus aisément les lire aux enfants en maîtrisant davantage mes pulsions de lectrice.

Et vous savez vous pourquoi vous l’avez ‘aimé   ?

 

Des albums à lire aux enfants de trois à quatre ans ( PS/MS).

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Les jeunes enfants  découvrent le monde qui les entoure. Ils découvrent leur corps, les objets, les bruits de la rue, de la maison….  Mais à cet âge ils se confrontent également à leurs propres émotions, la peur, la colère. Ces émotions font partie de leur préoccupation.  Les corpus proposés ci-dessous abordent ces émotions. Les corpus alternent les livres qui suscitent rire et peur. La peur évoquée est bien évidemment une peur que l’enfant pourra contrôler et surtout une peur qui disparaitra une fois le livre fermé. Et vous le savez-bien les enfants adorent avoir peur à condition d’être accompagnés !!!!! Voici donc des suggestions de livres qui donnent des réponses aux questionnements des enfants. Ces corpus vous invitent à  » devenir passeurs d’histoires, passeurs d’une culture singulière dont l’enfant sait se servir pour transformer la réalité toute nue, nourrir sa vie intérieure et habiller de magie les expériences du quotidien. » Joêlle Turin, Ces livres qui font grandir les enfants, Didier jeunesse, Paris, 2008.

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Des livres à lire aux enfants de cinq à six ans (GS/CP).

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Le nombre d’ouvrages par séance est bien évidemment beaucoup plus restreint du fait de la présence de textes plus conséquents. Ces ouvrages présentent aux enfants un autre palier de la découverte du monde. L’enfant sort de son auto-centration pour découvrir les sentiments et les comportements qui se jouent avec les autres. L’enfant va pouvoir découvrir dans chacun de ces ouvrages les éléments clés de la relation que l’Homme tisse avec les autres. Il pénètre dans l’univers complexe du rapport aux autres. Bon nombre d’entre eux, mettent en scène des personnages confrontés à l’altérité. En s’identifiant à ces personnages, l’enfant va pouvoir rejouer tous ses questionnements concernant le  » moi et les autres ».

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Des livres à lire aux enfants de six à sept ans (CP/CE1).

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Les enfants goûtent au plaisir des mots, à la subtilité des propos et savourent les univers oniriques. Les questionnements s’affinent ….Le livre est source d’humanité. L’amitié, la dualité, l’injustice. Les personnages de papier éprouvent des sentiments similaires aux enfants. Comme l’enfant qui joue au pompier se prend pour un pompier tout en sachant qu’il n’en est pas un. L’enfant qui lit s’identifie émotionnellement aux personnages sans perdre pour autant de son identité ». Noëlle Batt, Complexité et complexification, Revue des livres pour enfants N°155.

 

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Des livres pour les enfants de huit à onze ans (cycle3).

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Ces corpus proposent des moments de lecture plus longs et qui s’installent dans une certaine durée. Ils peuvent-être l’occasion d’entrer avec les enfants, les élèves dans une lecture littéraire des œuvres. Ils questionnent le monde.  » Lire c’est alors se lire et se donner à lire. En d’autres termes (..) donner un sens. C’est se parler dans ce qui, peut-être ne parvient pas à se dire ailleurs. Plus clairement ce serait donc permettre l’émergence de l’enfoui ». Jean Marie Gaulemot.

Corpus de livres à destination d’enfants âgés de 8 à 9 ans ( CE2).

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Corpus de livres à destination d’enfants âgés de 9 à 10 ans ( CM1).

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Corpus de livres à destination d’enfants âgés de 10 à 11 ans ( CM2).

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La lecture à haute voix un acte essentiel de médiation

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Lire à haute pour faire les enfants.

Tous les professionnels de l’Enfance en ont fait le constat : la lecture à haute voix est source de plaisirs intenses pour les enfants. Mais suffit-il de lire un livre pour que la magie opère ? L’œuvre se suffit-elle à elle- même ? Quels intérêts cela apportent-il aux enfants ? Pourquoi et comment lire à haute voix ? Ce blog offre certaines pistes de réflexions en réponse à ces questions auxquelles certains éducateurs peuvent-être confrontés. Ce blog propose également une sélection de livres appropriés pour les lectures orales. Chacun d’eux ayant été choisi parce que lus aux enfants avec succès.

La lecture à haute voix un outil d’apprentissage

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 Tous droits réservés par Fondation pour l'alphabétisation

Tous droits réservés par Fondation pour l’alphabétisation.

La lecture orale collective, un moment de plaisir partagé

J’ai eu l’occasion d’observer et pratiquer la lecture oralisée en occupant différents rôles. Tout d’abord animatrice en centre de loisirs puis enseignante je suis aujourd’hui formatrice auprès des jeunes enseignants. Toutes ces expériences m’ont convaincue des vertus de la lecture à haute voix. Qu’ils soient bébés, enfants, adolescents, élèves, collégiens, lycéens, filles, garçons, porteurs de handicaps, en difficulté scolaire ou en réussite tous se retrouvent autour du plaisir d’écouter une histoire lue. Les inégalités, les angoisses, les injustices  cessent alors  le temps d’un instant. Les bruits s’arrêtent,  les respirations se font légères, les yeux pétillent, les  tensions  s’apaisent, les corps se relâchent. Alors les esprits se délectent de la mélodie des mots et s’évadent au travers les images qu’ils diffusent. Le plaisir est alors palpable. Mais la lecture de livres aux enfants se limite-t-elle à cette unique mission de faire savourer ce plaisir ?

La lecture à haute voix, un plaisir constructif

– un outil d’apprentissage

Une récente enquête démontre tout l’intérêt d’une lecture orale régulière. Youssef Tazouti et Annette Jarlégan,1 ont conduit une recherche auprès de 129 enfants à l’issue de laquelle il en ressort que la lecture orale régulière des parents favorise grandement la réussite scolaire de leurs enfants. En résumé, un enfant qui entend lire souvent sera performant à l’école. Mais tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir un environnement familial enclin à cette pratique et les inégalités dans ce domaine sont éloquentes. En 2008, 42% des foyers ouvriers la lecture n’était pas pratiquée contre 8% chez les cadres. L’éducateur, l’animateur, le bibliothécaire tout comme l’enseignant ont donc un rôle capital à jouer face à cette inégalité. Pour cela les moments de rencontre avec la littérature doivent se faire fréquents et réguliers. Les enfants qui rencontrent les livres enrichissent leur champ lexical. Les imagiers permettent aux bébés ainsi qu’aux très jeunes enfants de se familiariser avec de nouveaux objets et de leurs attribuer un signifiant. Les imagiers comme les albums donnent la possibilité de rencontrer plusieurs représentations d’un même objet de langage. Le loup trouvé dans un imagier, le loup rencontré dans un album de Mario Ramos ou celui du célèbre conte du Chaperon Rouge donnent à l’enfant une conception de ce qu’est un loup. Ce dernier peut-être réel, fictif et symbolique. Face à ces différentes rencontres, l’enfant aiguise non seulement ses compétences culturelles il apprend en même temps à conceptualiser le monde qui l’entoure. En écoutant des histoires l’enfant améliore peu à peu ses capacités langagières. Sa rencontre avec le livre favorise également ses compétences syntaxiques. L’enfant va être éveillé à des formes de phrases de plus en plus complexes dont il va pouvoir s’emparer aisément à force de les rencontrer. Beaucoup d’ouvrages pour jeunes enfants proposent d’ailleurs des structures syntaxiques avec des phrases redondantes : chose que les enfants adorent. La grenouille à grande bouche,Va-t’en grand monstre vert, Toc, toc qui est là en sont les parfaites illustrations. Grâce à ces ritournelles les enfants s’emparent des mots, des phrases et jouent avec. Ils raffolent des répétitions. Cela les rassure mais c’est aussi le moyen d’être de connivence avec le texte comme dans Loup y es tu ?.

Entendre régulièrement des textes lus est aussi le précieux moyen de se familiariser avec la langue de l’écrit. L’enfant côtoie une langue propre à l’écrit et souvent bien différente d’un langage oral. L’emploie du passé simple ne se rencontre que dans les récits, les phrases interrogatives avec inversions du sujet sont des exemples des spécificités du langage écrit. L’enfant familiarisé avec tous ces codes détient les compétences essentielles pour devenir un lecteur efficient. Ecouter régulièrement des histoires apparait donc capital d’un point de vue strictement cognitif.

Mais les livres destinés à la jeunesse possèdent encore bien d’autres vertus.

1 Effets des apprentissages de grande section de maternelle et des pratiques familiales en lien avec la scolarité sur les acquisitions de CE1 ». Enfance n°2 2013, pp, 139-157.

 

La lecture à haute voix un plaisir qui fait grandir

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Partir à la découverte du monde
De nombreux ouvrages de littératures jeunesse accompagnent l’enfant dans les questions qui le préoccupe. CHTTTT donne la possibilité aux jeunes lecteurs de jouer avec leur peur et de fait, de pouvoir la surmonter sans aucun risque. Dans cet ouvrage l’enfant va pouvoir osciller entre deux rôles celui qui se laisse porter par l’imaginaire en entrant totalement dans la fiction et qui aura alors peur du monstre. Il est en alors un lecteur « playing » selon Winicott, celui qui s’enracine dans l’imaginaire. Mais l’enfant peut jouer également avec cette fiction et s’en distancer. En ouvrant les portes qui le rapprochent du monstre l’enfant va consciemment jouer à se faire peur. Il opte pour faire du texte « un game » dont il a les commandes et la maîtrise : je sais que le monstre est un personnage de papier et je vais m’amuser avec cette peur réelle mais issue d’une situation fictive. La soupe au caillou, Loulou, roulé le loup participent aussi à ce plaisir d’avoir peur en toute sécurité et d’apprivoiser ainsi peu à peu cette peur pour réussir à mieux la surmonter. L’enfant s’essaye à des expériences au travers la littérature, et entre comme le souligne Jean Paul Sartre dans « la conscience de l’irréel ». L’ouvrage Un livre d’Hervé Tullet permet au lecteur de passer aisément du statut de « playing » à celui de « game ». Le lecteur croit ce que lui dit le livre et lorsqu’il « appuie sur ce point jaune puis tourne la page » à la page suivante un deuxième point est apparu et le livre ancre le lecteur dans cette position de « playing ». Mais l’enfant n’est pas dupe et s’amuse se régale de ce clin d’œil de l’auteur qui l’invite sciemment à faire semblant.
Beaucoup de livres sont des espaces de projections dans lesquels les enfants vont pouvoir y retrouver des personnages porteurs de questionnements identiques aux leurs et sont des « miroirs » rassurants. D’une part, il découvre qu’il n’est pas seul et de pouvoir se dire comme le fait le poète Norge « heureusement qu’on est nombreux à être seuls au monde ». Grosse colère donne à voir à l’enfant un être comme lui parfois submergé par les émotions. Mais surtout, cet ouvrage lui permet aussi d’y voir une issue positive. Entendre régulièrement des histoires permet d’élaborer des réponses, des solutions à des questions inhérentes aux êtres en devenir. Les personnages de papier font souvent échos à la réalité. Ils abordent subtilement les grandes questions qui bordent l’existence de chacun : l’amitié (Chien bleu) la rivalité (Le tunnel), la séparation (Laurent tout seul), la différence (Poussin noir), l’ambivalence des sentiments (Ami-ami), le rapport avec le monde (Valentin la terreur). Tous ces personnages rencontrés lors de lectures donnent des belles solutions. Ils laissent souvent la possibilité aux lecteurs de choisir ses propres réponses. Le personnage de Laurent tout seul peut-être un lapin désobéissant pour certains, pour d’autres il peut-être comme le symbole même du courage d’affronter la séparation et pour les adultes, cette maman lapin peut-être porteuse des stigmates de la parentalité.
Le livre est donc une ouverture sur le monde. La littérature donne la possibilité de se construire au milieu des autres. Elle une réponse à la curiosité sans limite des enfants. Elle nourrit leur grande appétence pour appréhender le monde et donne au lecteur la possibilité de naviguer dans un univers qu’il s’approprie. Certains ouvrages ne disent pas tout, ils suggèrent et n’imposent rien. A chacun de prendre ce qu’il veut, ce qu’il peut. La littérature a cette subtilité qui permet à tous de trouver un peu de soi au sein d’un vaste monde. De nombreux ouvrages de littérature n’imposent pas, ils proposent des réponses et laisse à l’enfant le choix de naviguer dans un univers elliptique dans lequel il va choisir de construire sa propre interprétation du monde.
Lire régulièrement des ouvrages de jeunesse aux enfants est un moyen de rencontre avec le monde mais c’est aussi une rencontre avec soi-même. Au travers les livres, les enfants grandissent en se confrontant sans danger avec un monde fictif qui ressemble bien souvent aux problématiques de la vie réelle. Ils peuvent y trouver aisément des homologues rassurants force de solutions.
Convaincre des vertus d’une lecture orale régulière à destination des jeunes enfants est donc assez aisée. C’est pratique trouve d’ailleurs toute sa légitimé au sein de l’Ecole maternelle tout comme dans bon nombre de centres de loisirs. L’enfant ne sachant pas encore lire la lecture orale apparait comme indispensable. Mais plus les enfants grandissent plus cette pratique devient rare.

Pourquoi lire à haute voix à des enfants lecteurs

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Convaincre des vertus d’une lecture orale régulière à destination des jeunes enfants est donc assez aisée. C’est pratique trouve d’ailleurs toute sa légitimé au sein de l’Ecole maternelle tout comme dans bon nombre de centres de loisirs. L’enfant ne sachant pas encore lire la lecture orale apparait comme indispensable. Alors plus les enfants grandissent plus cette pratique devient rare. Une fois l’enfant devenu lecteur, la lecture à haute voix peut paraître super flue. Alors, à l’école comme aux centres de loisirs, les enfants ont beaucoup moins la possibilité d’entendre des textes lus d’autant plus que bien souvent la lecture orale familiale a, elle aussi disparu. La lecture devient un acte solitaire avec bien souvent une visée pédagogique. L’élève lecteur prend le pas sur le sujet-lecteur. La lecture devient un sujet sérieux. Alors pourquoi continuer de lire des textes littéraires à des élèves qui sont eux-mêmes lecteurs?
La lecture à haute voix, le livre un plaisir pour tous

– un accès à la culture pour le plus grand nombre

Pour certains enfants qui sont en âge de décoder, le livre est source d’angoisse. Le décodage comme la lecture sémantique mettent en difficultés de nombreux enfants qui représenteraient alors 15% des élèves de 6ème et le nombre de ces élèves ne cessent de croitre. Le livre, la lecture devient alors source d’échec et de blessures narcissiques. Aussi, plus ils grandissent plus ils se détournent de la lecture. Alors selon la célèbre bibliothécaire Geneviève Patte : « Souvent les enfants se découragent et se détournent de la lecture, parce que, pour eux, le premier apprentissage a été difficile et associé à des pratiques peu stimulantes qui ne les concernent pas ». Roland Goigoux, chercheur à l’université de Clermont Ferrand a constaté2 que le temps de vitesse de lecture des enfants en difficulté pouvait être six fois supérieur aux autres élèves. Ce qui veut dire concrètement que lorsqu’il est demandé de lire dix pages dans un temps imparti eux n’en lisent qu’une et demie. A l’inverse un texte donné à lire à la maison, pour lequel l’enseignement a estimé le temps de lecture de l’ordre d’une demi-heure demeure impossible à effectuer pour ces lecteurs en difficulté. Ces élèves n’ont alors que très rarement accès au texte et donc peuvent difficilement parvenir à une lecture sémantique du texte. La lecture orale est donc un moyen de redonner à ces enfants le plaisir des livres. Les commentaires de jeunes blogueurs en attestent. Libérés des contraintes du décodage ils peuvent en toute quiétude goûter aux saveurs du texte. Les angoisses cessent le temps d’une lecture et le livre peut redevenir source de plaisir. Derrière ce plaisir du texte, la lecture orale reste toujours source de nombreux apprentissages. L’élève, l’enfant y rencontrent des instances narratives diverses et complexes, des formes langagières toujours plus riches. Le livre est aussi source de connaissances encyclopédiques comme dans le bus de Rosa. Côtoyer le plus régulièrement des ouvrages permet aux enfants de se constituer une bibliothèque intérieure. Cette acculturation est un moyen d’acquérir les compétences pour devenir un lecteur libre. La lecture à voix haute contribue à améliorer les compétences linguistiques, à acquérir de nombreuses références culturelles mais aussi de s’approprier peu à peu des compétences rhétoriques indispensables pour parvenir à lecture autonome.
Lire à haute voix c’est permettre à l’enfant de se construire entant que sujet-lecteur qui a les moyens de construire peu peu ses propres choix de lecture. Lire à haute voix des livres c’est augmenter leurs chances de devenir de bons lecteurs et ainsi lutter contre l’échec scolaire et l’illettrisme.
Lire des livres aux jeunes comme aux plus grands c’est donner « les mêmes droits à tous, le droit de rêver, de réfléchir, de comprendre de douter 3. » Alors, lire aux enfants de la littérature n’est pas un merveilleux moyen de militer contre les inégalités ?
3 BRISAC (n), La littérature de jeunesse à l’école, l’Ecole des lettres, L’école des lettres des collèges 2006-2007, n° 9.